Tribune : Nécessité de l’unité et de fin de la violence (Par Souleymane Thiâ’nguel Bah)

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Ces dernières années, notre pays a été secoué par de multiples crises au cœur desquelles la politique a joué un rôle central. Ces soubresauts ont endeuillé des familles et fortement entamé l’unité nationale, ralenti notre détermination commune à bâtir et renforcer notre nation. Des violences qui ont occupé l’espace public au point de mettre de côté l’essentiel : le développement de notre pays et notre bien-être. Nous nous sommes tourné le dos. Nous avons obscurci nos cœurs. Nous avons bouché nos oreilles, refusant d’entendre toute voix contraire à la nôtre. Nous avons construit des certitudes qui ont de plus en plus conduit le pays vers des incertitudes. La Guinée a tangué, mais heureusement, elle n’a pas chaviré. Elle a toujours trouvé en elle la force de résister. Les colombes ont emporté sur les oiseaux de mauvais augure. Les bonnes âmes ont réussi à démentir les prophètes de malheurs.

Alors, la question essentielle désormais qu’il faille se poser est celle-ci : que faisons-nous de cette providence pour remercier Dieu ? Une seule réponse s’impose : trouver en nous l’énergie nécessaire de nous retrouver et de faire prendre corps un slogan à la bouche de chacun de nos concitoyens : bâtir une Guinée unie et prospère.

Ici et là, du tréfonds de nos âmes tourmentées, nous devons dépasser tous nos clivages, de quelle que nature qu’ils soient. Aucun peuple ne saurait prospérer dans la violence. Aucun peuple ne saurait grandir dans la douleur. Aucun peuple ne saurait se réinventer dans l’affrontement. Aucun peuple, aucun ne saurait avancer si les desseins individuels piétinent les aspirations collectives au bonheur. C’est en cela, et en cela seulement que le mot patriotisme garde tout son sens.

L’amour de la Guinée et de ses fils en appellent à notre sens de responsabilité, de fraternité et de solidarité. La politique a suffisamment fait de victimes. Elle a assez causé de tourments. Elle a beaucoup trop banalisé la vie humaine pour qu’elle continue à rester l’unique mesure de nos liens. Aujourd’hui, plus qu’hier, les Guinéens ont besoin de se rassembler, de s’autoriser à rêver de quiétude sociale, de se donner le droit de vivre en paix… enfin !

Il ne m’appartient pas de dire ici comment il faut parvenir à cette entente, mais je suis convaincu d’une chose : on ne peut pas se passer de l’unité si nous voulons tourner la page de la précarité. On ne peut faire l’économie d’une unité d’action si nous croyons en notre rêve de fonder et de consolider une société prospère.

« Je suis fier d’être guinéen ». C’est la rengaine qu’on dégaine à tout bout de champ dans notre pays. Mais est-ce que la Guinée elle, est fière d’être notre mère patrie ? Si le 28 septembre 1958 fonde notre fierté commune, c’est parce que d’une seule et même voix nous avons réussi à nous retrouver autour de l’essentiel et ensemble nous avons fait face à l’adversaire. Au fil du temps, cette unité s’est fissurée, cette complicité s’est trouée, ou nous l’avons trouée devrais-je dire. Nous avons rendu instables les fondements de notre nation à cause de la politique. Il est temps donc que l’espace politique se débarrasse de la violence qui la caractérise et marque notre pays du sceau de la haine, de la méfiance et de la défiance. Il est temps qu’on arrête de scruter les positions des uns et des autres sous le sceau de l’ethnie. Il est temps que la valeur humaine soit le seul critère d’appréciation des actes de chacun. Il est temps, oui, qu’on extraie de nos cœurs toute velléité d’affrontement. Vivre de violence, c’est vivre dans la peur, dans l’appréhension que chaque jour est le dernier que nous vivons, dans l’incertitude du lendemain.

Enfin, revenant à ce qui pourvoyeur de violence et de haine, je dis que la politique ne devrait jamais se dégager de ce qui intrinsèquement la définit : la gestion de la cité en étant au service du peuple. Lorsque cette mission naturelle est dévoyée, il ne s’agit plus que d’intérêts mesquins, de luttes égoïstes, de rapports bellicistes au service de soi-même. Et la Guinée ne mérite pas ça après avoir été la lanterne de l’Afrique en 1958. Elle mérite travail, justice, solidarité. Et cette devise inspirée par nos aïeux, ce triptyque honorable ne saurait fleurir que dans l’unité nationale et la volonté commune, effective, sincère que nous nous battons les uns pour les autres, non les uns contre les autres. Alors, révélons cette essence salvatrice et avançons ensemble dans la dignité, la fierté et l’unité qui ont fait la grandeur de notre peuple.

Souleymane Thiâ’nguel Bah