Tous les jours, des citoyens soupçonnés d’appartenir au FNDC sont arrêtés sans procédure ( Me Mohamed Traoré)

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Le ministre de la Justice déclare que la procédure ouverte contre des citoyens de N’Zérékoré à Kankan est régulière en ce sens qu’elle fait suite à une ordonnance de délocalisation du Premier président de la Cour d’appel de Kankan. Or, nos confrères qui sont actuellement à Kankan et qui ont compulsé le dossier nous disent qu’ils n’y ont trouvé aucune ordonnance de cette nature. Il existe tout au plus dans le dossier deux ordonnances relatives à la désignation d’un pool de juges d’instruction. C’est pourquoi, nous continuons à soutenir que c’est de manière tout à fait irrégulière que ces citoyens ont été conduits à Kankan. Ce n’est d’ailleurs pas l’unique dossier dans lequel la Justice se comporte de cette manière. Dans le dossier de Élie Kamano qui a été ouvert à Guéckédou, le procès avait commencé dans cette localité avant d’être délocalisé à N’zérékoré dans des conditions totalement illégales. De même, des personnes arrêtées à Dabola ont été conduites à Faranah pour y être jugées. D’autres personnes arrêtées à Mamou ont été déposées à Kindia. C’est à croire que lorsqu’il s’agit de personnes appartenant ou supposées appartenir au FNDC, l’on ne s’embarrasse pas de la loi. Tant que c’est la police ou la gendarmerie qui viole la loi, comme elle le fait très souvent, ce n’est pas très inquiétant puisqu’elles relèvent des procureurs dans le cadre des enquêtes judiciaires. Les chefs de parquet ont des moyens pour mettre au pas les policiers et gendarmes irrespectueux de la loi. Et ils sont le recours des avocats en cas de violation de la loi. Mais lorsque la Justice elle-même, et en particulier certains procureurs ferment les yeux sur ces violations ou tentent de les couvrir, c’est ce qui est inquiétant. Tous les jours, des citoyens soupçonnés d’appartenir au FNDC sont arrêtés sans procédure et détenus au niveau de la DPJ. Ils ne sont déférés devant les parquets que lorsque ceux qui les détiennent le décident. Leur volonté se substitue à la loi. C’est comme s’ils ne relevaient d’aucun parquet. Ils font ce qu’ils veulent dans les procédures : ils ne convoquent pas ; ils ne respectent pas la durée légale de garde à vue. Ils arrêtent quand ils veulent, comme ils veulent, et détiennent pour la durée qu’ils veulent. Malheureusement, il existe des procureurs qui semblent leur donner carte blanche pour agir. Dans les conditions normales, lorsqu’une procédure est irrégulière, le procureur doit le faire savoir à l’enquêteur car l’enquête se déroule sous sa direction. Mais lorsqu’il légitime ou confère un semblant de légalité à des procédures mal montées, il encourage l’enquêteur à agir plus mal encore. Le véritable changement de la Guinée ne sera effectif que lorsqu’il y aura un changement au sein de l’appareil. Dans un pays, quand la Justice marche, tous les autres secteurs suivront. En tout cas, nous avocats engagés dans la défense de ces personnes, nous ne baisseront jamais les bras. Nous nous battrons jusqu’au bout pour que la notion d’État de droit devienne effective en Guinée. Ceux qui parient sur notre découragement ou notre essoufflement nous connaissent très mal. C’est un combat de longue haleine et un combat qui comporte parfois des risques pour nous-mêmes et même pour nos proches. Nous en sommes conscients. Mais nous sommes déterminés à le mener.

Par Me Mohamed Traoré

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