Sékou Keita, responsable de la communication du ministère de la justice, dans des sales draps?

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C’est une affaire qui pourrait porter préjudice au chargé de la communication du ministère de la justice. Sékou Keïta est poursuivi pour « recel, ingérence et abus de pouvoir ». En clair, il lui est reproché d’avoir « annulé un mandat de dépôt » pour sortir une détenue de la maison centrale de Conakry où elle était incarcérée. Dans cette affaire, le responsable de la communication du ministère de la justice est poursuivi avec trois autres personnes sur lesquelles pèsent des faits d’escroquerie, d’abus de confiance, de faux et usages de faux.

Et, Sékou Keita était hier, mercredi 03 mars 2021, à la barre du tribunal correctionnel de Dixinn (délocalisé à la mairie de Ratoma) où il a plaidé non coupable des faits mis à sa charge. Cependant, monsieur Keïta a admis avoir pris part à cette affaire d’escroquerie qui oppose principalement Me Aboubacar Ouattara (le plaignant) à madame Fatoumata Traoré (une des prévenues) qui serait « une sœur de Sékou Keïta par le biais de la charte de Kouroukan-Fouga (une charte qui remonterait au règne de Soundiata Keïta, empereur du Mali) ». Le prévenu, Sékou Keïta a notamment reconnu avoir participé à des négociations pour régler cette affaire et d’avoir payé les frais de transport et de dédouanement des véhicules cités dans ce dossier.

Dans cette affaire, les mis en cause sont madame Fatoumata Traoré (sous mandat de dépôt depuis le 08 novembre 2019), Fayala Traoré (en fuite), Bintou Doumbouya (la fille de madame Fatoumata Traoré) et Sékou Kéïta (actuel responsable de la communication du ministère de la justice). Mais, l’audience de ce mercredi a essentiellement porté sur les dépositions de Sékou Kéïta et du plaignant Me Aboubacar Ouattara.

A la barre, Me Aboubacar Ouattara a dit avoir connu Fatoumata Traoré en 2014, dans une affaire de détournement de 240 millions de francs guinéens au préjudice de deux de ses clients. Mais, à partir de la prison, cette femme a envoyé un certain Diomandé vers lui pour qu’il l’aide à sortir et qu’elle s’engage à payer l’argent.

« Avec ces déclarations, j’ai eu la compassion et j’ai demandé à mes clients qu’on la laisse sortir pour qu’elle puisse payer l’argent. Cela a été fait… Un jour, madame m’a appelé pour dire qu’au temps du capitaine Dadis, elle avait bénéficié d’un contrat de fourniture d’équipement aux militaires et qu’il y a un français qui lui devait 200 mille euros. Si on a cet argent, elle pourra payer mes clients ; et, elle m’a montré le dossier. Sur place, elle a appelé un certain John pour dire qu’elle veut envoyer un avocat en France et John a promis tout son soutien. Quelques jours après, elle m’a appelé pour dire que le blanc veut lui envoyer des cadeaux à conditions que j’assure le transport et le dédouanement ; et, après la vente, elle va payer. J’ai pris l’engagement de payer 10 000 euros sans même demander un reçu, parce que j’avais confiance à la sincérité de la femme. Vu que c’est des affaires militaires, j’ai recommandé à madame qu’on mette l’affaire dans les mains des militaires pour éviter tout problème… C’est ainsi qu’on a pris contact avec eux ; et, depuis, elle m’a parlé d’un appel d’offres auquel il fallait soumissionner pour continuer le contrat. Je ne savais pas que c’était du faux…», a déploré Me Aboubacar Ouattara.

En plus de ce premier montant, Me Ouattara a également parlé de plusieurs autres montants dont 20 millions de francs (pour décrocher l’appel d’offre sur la fourniture des équipements), 5 millions de francs guinéens (versés à la caisse nationale de la sécurité sociale), 45 millions de francs guinéens plus 6.000 euros (pour trois voyages que madame Fatoumata Traoré a effectué pour la France), 120 millions de francs guinéens (pour aller créer une société au Mali), 33 millions 670 mille francs guinéens (pour alimenter un compte), 347 450 euros (pour l’enregistrement d’une entreprise en France). Mais, Me Aboubacar Ouattara soutient que c’est après vérification qu’il a trouvé que le contrat qu’on lui avait exhibé n’existait pas et il a commencé à douter de madame Fatoumata Traoré.

« J’ai commencé à douter d’elle quand elle est revenue de son dernier voyage. J’ai réclamé les reçus des montants que je donnais. Mais, elle a toujours refusé. Depuis, je me suis mis dans la logique de l’arrêter. Finalement, elle a été déposée à la maison centrale. Mais, à chaque fois, j’entendais le nom de Sékou Kéïta qui est au ministère de la justice et que je ne connaissais pas. Il a fallu passer par un ami, M. Kaba, pour prendre rendez-vous avec lui à son bureau. C’est ainsi qu’après toute explication, Sékou Kéïta a dit de ne pas compter sur le mandat de dépôt de la dame, parce qu’il l’a déjà annulé. Il m’a dit que madame a envoyé 10 véhicules 4X4 et que les véhicules sont avec lui. Que c’est lui qui a payé les frais de transport et de dédouanement. On est allé à la maison centrale, madame a reconnu 6 milliards de francs ; mais, ils (Sékou Kéïta et les avocats de la dame : ndlr) m’ont demandé de réduire à 3 milliards 500 millions de francs guinéens ; et même avec ça, d’accepter de prendre 3 camions de 800 millions chacun. J’ai refusé. Sékou Kéïta a appelé mon avocat pour dire que j’ai mal fait de refuser la proposition. Qu’il va sortir la dame et que je vais courir derrière les véhicules sans les avoir », a accusé Me Aboubacar Ouattara, tout en déclarant que les véhicules dont Sékou Kéïta lui a fait mention ont été achetés avec l’argent qu’il (Me Aboubacar Ouattara) avait remis à Fatoumata Traoré pour la fourniture des équipements militaires.

Tout blanc vêtu, le prévenu Sékou Kéïta s’est présenté à la barre pour nier les faits mis à sa charge. Et, pour sa défense, le responsable de la communication du département de la justice a dit que sa fonction lui interdit de s’immiscer dans les procédures judiciaires. Sékou Keïta a néanmoins reconnu avoir participé aux négociations pour régler cette affaire d’escroquerie, d’abus de confiance, de faux et usages de faux qui oppose principalement sa sœur Fatoumata Traoré et Me Aboubacar Ouattara. Il a également déclaré que c’est lui qui a payé les frais de transport et de dédouanement des véhicules dont le plaignant a fait mention dans sa déposition.

Interrogé sur ses liens avec madame Fatoumata Traoré qu’il dit être sa sœur, Sékou Kéïta a renvoyé les avocats vers la charte de Kouroukan-Fouga (encore appelé la Charte du Manden) qui aurait été solennellement proclamée le jour de l’intronisation de Soundiata Keïta comme empereur du Mali à la fin de l’année 1236.

Après ces débats, parfois très tendus entre les différentes parties au procès, les avocats de la défense ont demandé la mise en liberté de madame Fatoumata Traoré. Une demande vite rejetée par le ministère public et les avocats de la partie civile. Et, finalement, le président du tribunal, Aboubacar Maféring Camara, a suivi le procureur Daouda Diomandé et a rejeté la demande de la défense. Le tribunal a ensuite renvoyé les débats pour la suite de cette affaire au 17 de ce mois.

Source: Guineematin.com