Non, Internet « marchait » normalement en France pendant le mouvement des Gilets jaunes !

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Le 6 février 2024, en prélude au lancement à Dubaï d’une table ronde de donateurs sur le Programme de Référence Intérimaire (PRI) à l’initiative du gouvernement guinéen de transition, en répondant à la question d’un journaliste, le ministre du Budget, Lancinè Condé, indique chez nos confrères de Guinee 114 avoir suivi « le mouvement des Gilets jaunes en France, et met quiconque [au] défi de [lui dire] qu’Internet marchait comme il marchait [avant] » en France. (Lien de l’article archivé.)

 

Plus de 70 jours de restriction des réseaux sociaux et de brouillage de fréquences

 

En Guinée, depuis le 24 novembre 2023, les réseaux sociaux sont restreints et les fréquences des radios privées Espace FM, Djoma FM, Évasion FM et FIM brouillées.

 

Le 9 décembre 2023, Ousmane Gaoual Diallo, porte-parole du gouvernement mis en place par la junte militaire qui dirige le pays depuis le coup d’Etat du 5 septembre 2021, a déclaré sur son compte X (lien archivé) que « les mesures prises par les autorités (…) sont une réponse immédiate face à des pratiques telles que l’apologie de la haine communautaire, l’accentuation des tensions sociales et politiques, et la propagation des discours divisifs ».

 

Face aux multiples allégations sur des inconduites supposées portées à l’encontre de la presse guinéenne, les autorités de la transition n’ont apporté jusqu’à date aucune preuve tangible. En fin d’année 2023, pour justifier la censure des réseaux sociaux, l’ancien responsable de la communication de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a déclaré qu’« Internet n’est pas un droit ».

 

Les Gilets jaunes, une mobilisation amplifiée et coordonnée sur Internet

 

Le mouvement des Gilets jaunes est né d’une pétition lancée le 29 mai 2018 par Priscillia Ludosky sur la hausse de la taxe sur les carburants en France. Les manifestations s’effectuaient essentiellement les samedis. Le mouvement des Gilets jaunes  qui a eu un retenti mondial se coordonnait et s’est amplifié à travers les médias sociaux. Malgré les actes de violences et les répressions policières qui s’en sont suivis, internet marchait normalement dans toutes les villes françaises.

 

L’ONG anglaise NetBlocks qui surveille la gouvernance de l’Internet et la cybersécurité dans le monde que nous avons contacté, indique que « des rumeurs ont circulé sur une éventuelle restriction de l’accès à Internet lors des manifestations des Gilets jaunes en France, mais le gouvernement français a fermement démenti ces rumeurs. Nous n’avons pas non plus détecté de restrictions des médias sociaux ou de perturbations de l’internet lors des manifestations à Paris ».

 

Ce faux communiqué qui a trompé le ministre ?

 

Pendant les émeutes urbaines déclenchées à la suite de la mort du jeune Nahel par un tir de policier le 27 juin 2023 à Nanterre, un faux communiqué attribué à la Police française avait abondamment été relayé sur les réseaux sociaux et dans des services de messagerie.  Il y était indiqué qu’à partir du « 3 juillet 2023 et pour une période déterminée des restrictions temporaires seront appliquées à l’accès à internet dans certains quartiers spécifiques pendant les heures nocturnes ».

 

Quelques heures après l’apparition en ligne dudit communiqué, le ministère français de l’Intérieur s’était empressé de le démentir. De nombreux médias avaient aussi procédé à sa vérification (123).  Résultat : un faux communiqué !

 

Nous avons recontacté le ministère du Budget

 

Sur X (anciennement Twitter) et par courriel, nous avons contacté le service de communication du ministère du Budget pour en savoir plus sur la source des propos prononcés par Dr. Lanciné Condé. Au moment de rédaction de cet article, nous n’avons pas obtenu de réponse de sa part. Quand ses responsables nous répondront, nous mettrons cet article à jour.

 

Verdict

 

Pendant le mouvement des Gilets jaunes en France, Internet marchait normalement. A l’époque, dans l’Hexagone, aucune restriction n’avait été constatée par les utilisateurs et le gouvernement d’Emmanuel Macron n’avait pris aucune mesure de cybercensure.

 

Cet article a été rédigé par Sally Bilaly Sow dans le cadre du projet d’Éducation aux Médias, à l’Information et au Numérique Plus (EMIN+) avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Il a été édité par Thierno Ciré Diallo.

 

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