Nabayagate : le président Condé a-t-il enterré l’affaire à travers son décret ?

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Zenab Nabaya Dramé
Zenab Nabaya Dramé; ministre de l'enseignement technique

Alpha Condé a entamé ce mardi 19 janvier 2020 la composition de son premier gouvernement de la quatrième République. 16 départements ont connu leurs occupants dans le premier décret publié dans les médias publics. Pas de grand changement pour l’instant par rapport à l’ancienne équipe. Seulement deux nous nouvelles figures, Ibrahima Kalil Kaba au département des affaires étrangères et Émilie Diaby à la tête du ministère des travaux publics. Zenab Nabaya Dramé, ministre de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, est maintenue à son poste alors qu’elle est accusée de détournement de plus de 200 milliards. Le procureur de la république près du tribunal de Kaloum a annoncé l’ouverture d’une enquête mais celle-ci semble être compromise par le décret pris par le chef de l’Etat. Car disons-le clairement, il est très difficile voire même impossible de poursuivre un ministre en fonction. Même si le procureur parvenait à réunir des preuves contre la ministre Zenab Nabaya Dramé, elle ne peut être poursuivie. Car elle est protégée par l’immunité. C’est seulement la haute cour de justice qui est habilitée à juger un ministre en fonction ou le président de la république malheureusement cette institution n’est pas encore mise en place par les autorités.

Le bon sens voudrait que l’on démissionne si des telles accusations pèsent contre nous mais la ministre Zenab Dramé n’a pas jugé utile de le faire. Elle a plutôt engagé des poursuites judiciaires pour diffamation contre les journalistes Moussa Moïse Sylla, Youssouf Boundou Sylla et Ibrahima Sory Traoré dont les médias ont fait des révélations sur ce prétendu détournement. Après trois audiences, le tribunal correctionnel de Kaloum a abandonné les charges retenues contre les journalistes et renvoyé la ministre à mieux se pourvoir. Si le président Condé voulait que lumière soit faite dans cette affaire, il aurait dû surseoir à la nomination de Zenab Nabaya Dramé dans le nouveau gouvernement jusqu’à la fin de l’enquête au moins.

Plusieurs acteurs s’accordent à dire que le chef de l’Etat qui a pourtant annoncé qu’il va désormais gouverner autrement a donné ainsi sa bénédiction aux pratiques anciennes et envoyé un mauvais signal aux partenaires de la Guinée. C’est le cas de l’opposant Bah Oury. « Il y a quelque chose de symbolique qu’on a noté hier, c’est la reconduction d’une ministre sur laquelle pèse des graves accusations. Je pense qu’il y a des mesures de prudence qu’on doit prendre. C’est ce qui va prouver qu’on respecte le peuple, le deniers publics et qu’on est en train d’assurer une certaine transparence. Donc son maintien dans le gouvernement est un mauvais signal envoyé aux partenaires, à la lutte contre la corruption et à l’opinion qui espérait que gouverner autrement, c’est redresser la barre, changer la façon de faire mais avec cet acte là on confirme qu’on continue dans nos habitudes », a indiqué le président de l’Union des Démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG).

Depuis l’arrivée au pouvoir de l’opposant historique, Alpha Condé, aucun ministre n’a été inquiété pour des faits de corruption. En 2018, le premier ministre Kassory Fofana, à sa nomination avait indiqué fait de la lutte contre la corruption une de ses priorités. Quelques directeurs de régies financières dont celui de l’Office Guinéen de publicité, Paul Moussa Diawara ont été épinglés. Depuis 2018, plus rien malgré des révélations de la presse.

Dara Bah, Refletguinee

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