Le sordide scénario de la « démon_cratie » Africaine (Aboubacar Sidiki Kaba)

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La montée en puissance de dirigeants «forts» qui enfreignent les normes et affaiblissent les institutions pour produire des résultats a gagné un certain attrait parmi les électeurs du monde entier et a engendré suffisamment d’imitateurs pour que les universitaires et les analystes des médias mettent en garde contre un retrait de la démocratie. Pas tout à fait le cas en Afrique. Du moins, c’est ce qui se  constate chez les Africains moyens.
La culture de la démocratie sur le continent africain a décliné au fil des ans.  Cela est dû à une déconstruction de la chaîne de valeur de la politique étrangère.
En effet, La sagesse conventionnelle nous dit que les bonnes sociétés politiques sont fondées sur les principes du constitutionnalisme. Cela implique le respect de l’état de droit et la séparation des pouvoirs. Il s’agit d’assurer une répartition égale du pouvoir là où une société est «bâtie sur des principes de droit et non sur des hommes».
Dans les années 90, de nombreux États africains ont inventé leurs constitutions pour construire de bonnes sociétés politiques. Ils se sont éloignés des États autoritaires à parti unique pour adopter un ordre politique constitutionnel et une démocratie représentative en  promulguant des limites présidentielles à deux mandats.
Mais les limitations des mandats présidentiels n’ont pas complètement annulé une culture du droit de gouverner. Des aperçus de cette culture persistent. Cela est évident dans ce que l’on appelle maintenant la «tragédie du troisième terme» ou le «coup d’État constitutionnel». C’est à ce moment que les présidents africains prolongent leur mandat, devenant effectivement «président à vie», changeant les constitutions pour ce faire. De plus en plus, cela se heurte à une résistance civique.
Ainsi, Selon John Locke, le but du gouvernement et de la loi est de faire respecter et de protéger les droits naturels des hommes. Tant que le gouvernement remplit cet objectif, les lois qu’il donne sont valides et contraignantes, mais lorsqu’il cesse de le remplir, alors les lois n’auront pas de validité et le gouvernement peut être expulsé du pouvoir.
Cette interprétation de l’objectif du gouvernement informe également les principes de bonne gouvernance. Ce sont la transparence, la responsabilité, l’obligation de rendre compte, la participation, la réactivité et le respect de l’état de droit. Le contrat social entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés est fondé sur cette approche de la gouvernance fondée sur les droits. Cela signifie que les dirigeants gouvernent au gré du peuple et ne gouvernent pas avec une licence souveraine au détriment des règles constitutionnelles. Le bien-être et les droits du peuple doivent être la préoccupation centrale de ceux qui gouvernent. La bonne gouvernance implique de respecter les règles. Il faut accepter la défaite électorale si le peuple le veut car, c’est la seule façon pour celui-ci de sanctionner une gouvernance insatisfaisante.
Cas de coups d’État constitutionnels:
Il faut rappeler que le problème, comme le dit Charles Fombad, est que Dans de nombreux pays comme la Guinée, les problèmes n’ont pas été causés par l’absence de constitutions. C’était plutôt la facilité avec laquelle les dirigeants  avaient rendu les constitutions dysfonctionnelles en ignorant régulièrement leurs dispositions ou en les modifiant lorsque cela leur convenait.
En Guinée, le manque d’opposition effective est le facteur majeur. Mais le problème concerne également les opinions sur la gouvernance et les règles qui la régissent. Il semble que les règles sont faites pour être enfreintes…(Drôle de réalité)!!!
Autrement, le problème de l’accrochage des dirigeants au pouvoir n’est qu’une manifestation du non-respect des règles constitutionnelles en Afrique (référence tout récemment aux cas Guinéen et Ivoirien). Il faut inclure le fait que les partis politiques d’opposition dans tous ces d un pays sont souvent harcelés et leurs dirigeants enfermés ou en quête de positionnement, tout simplement. Ils sont également décrits comme des mandataires illégitimes pour des «tiers» étrangers nuisibles cherchant à changer de régime, ils ont été élèves hier, du système qu’ils disent vouloir changer aujourd’hui. Je sais pas moi, mais c’est quand difficile, de croire à la sincérité du combat pour le renouvellement.
Que faut-il enfin?
Un nouvel ordre social.
Avec qui? De nouveaux hommes politiques.
Pourquoi ? Rendre de la dignité à notre vie politique et retrouver la place qu’est la nôtre dans la poursuite de l’idéal démocratique.
Il n’y a que nous (vertueux), sans pour autant dire qu’ils ne le sont pas (eux), qui pourront résoudre ces problèmes.
Chez nous, au delà de l’urgence pour sauver le pays, il faut sauver la démocratie car, sa menace en est une pour notre stabilité.
Par Aboubacar Sidiki Kaba, Sociologue