Faux, cette élève n’est pas de la Côte d’Ivoire mais de la Guinée !

0
244

La publication de la page Investir en Côte d’Ivoire du 15 décembre 2023 qui vante les écritures d’une élève de la CP2 est hors contexte. Sur Facebook, elle a généré plusieurs réactions. Elle a été likée 6 247 fois, commentée 772 fois et partagée 401 fois, au moment où nous écrivions cet article. Au bas de la publication, certains internautes ont souligné l’inexactitude du lieu de la prise de la photo. Tandis que d’autres restent crédules.

 

 

L’auteur du post affirme que « cette élève du nom de Aïssatou est en classe de CP2 seulement et regardez son écriture ».

 

 

En accompagnant son post du drapeau de la Côte d’Ivoire, la page Investir en Côte d’Ivoire prétend que l’élève Aïssatou Lamarana Diallo en classe de CP2 se trouve en Côte d’Ivoire.

 

 

Face aux réactions suscitées par la publication, nous avons décidé de la fact-checker. D’autant plus que la Guinée et la Côte d’Ivoire sont deux pays frontaliers qui partagent plusieurs points communs (peuples, langues, coutumes…).

 

 

La Côte d’Ivoire et la Guinée, deux pays similaires sur plusieurs points

 

 

Il est assez facile de confondre certains habitants de la Côte d’Ivoire à ceux de la Guinée en raison de plusieurs similarités qui existent entre les deux pays. Tout d’abord, les langues parlées dans ces deux pays appartiennent à la même famille linguistique. Ce qui signifie qu’il peut y avoir des similitudes dans la prononciation et dans certains mots.

 

 

De plus, les peuples de ces deux pays partagent des traditions et des coutumes similaires. Ce qui peut rendre difficile la distinction entre les deux cultures. Jusque-là, les frontières entre la Côte d’Ivoire et la Guinée ne sont pas toujours clairement définies. Ce qui peut également contribuer à la confusion. Les deux pays partagent une frontière de 610 Km de longueur.

 

 

Ils sont près de 3 millions de Guinéens qui vivent en Côte d’Ivoire. Les premières vagues de migrants ont commencé dès après l’indépendance du pays. Ils étaient, pour la plupart, des intellectuels qui fuyaient le régime du président Ahmed Sékou Touré. Les Ivoiriens associent le nom de « Diallo », l’un des plus répandus en Guinée, aux boutiquiers et surtout aux kiosquiers évoluant dans leur pays.

 

 

Des indices sur l’image

 

 

En analysant l’image en question, nous nous sommes rendus compte qu’en haut de la feuille, il est écrit « Direction communale de Ratoma », en référence à la Direction de l’éducation de l’une des cinq communes de la capitale guinéenne, Conakry. L’un des numéros de téléphone inscrits commence par 624, code des abonnés à Orange Guinée. Le nom de l’école sur la fiche d’écriture est « GROUPE SCOLAIRE PRIVÉ PHOENIX INTERNATIONAL », un établissement privé qui se localise en Guinée sur sa page Facebook.

Pour en savoir davantage, nous avons essayé de confronter l’administrateur (trice) de la page Investir en Côte d’Ivoire à sa publication. Il n’a pas répondu à notre sollicitation sur WhatsApp.

Face à nos interrogations, nous avons effectué une recherche sur Facebook pour retrouver la page de l’école privée « GROUPE SCOLAIRE PRIVÉ PHOENIX INTERNATIONAL ». C’est la première à avoir publié l’image de l’écolière accompagnée de sa feuille d’écriture.

Joint au téléphone par notre rédaction, Moustapha Tounkara, responsable en charge de la comptabilité et administrateur de la page Facebook du Groupe Scolaire Privé Phoenix International est catégorique. Il confirme que Aïssatou Lamarana Diallo est une élève guinéenne qui est en classe de 2e année (CP2) au Groupe Scolaire Privé Phoenix International. « Cela, c’est sans doute, il n’y a aucune ambiguïté là-dessus. Nous sommes prêts à organiser une conférence de presse dans les jours à venir au cours de laquelle, nous allons inviter les médias pour nous aider à éclairer la lanterne du grand public », insiste-t-il.

 

 

«[…] Il est de coutume pour nous de passer dans les classes chaque lundi pour vérifier l’état d’avancement des cours. C’est dans ce cadre, lors de mon passage en classe de 2e année que j’ai vu la petite Aïssatou Lamarana Diallo. À distance, j’ai vu la petite écrire. J’étais impressionné par son style d’écriture. Ce qui m’a conduit vers elle. J’ai vu qu’elle avait une écriture vraiment splendide, ça m’a motivé à prendre une image et à publier sur notre page Facebook », a expliqué Moustapha Tounkara.

 

 

Il déplore la récupération dont ont fait preuve des pages et sites ivoiriens pour faire croire aux internautes que ces images ont été prises en Côte d’Ivoire.

 

 

Le Groupe Scolaire Privé Phoenix International a par la suite publié une vidéo montrant l’élève Aïssatou Lamarana Diallo en train d’écrire.

 

 

Verdict

 

 

L’image de l’élève Aïssatou Lamarana Diallo est réelle mais hors contexte. Elle n’est pas ivoirienne mais guinéenne et fréquente le Groupe Scolaire Privé Phoenix International, situé dans la commune de Ratoma à Conakry, capitale de la République de Guinée.

Cet article a été rédigé par Mamadou Ciré Barry dans le cadre du projet d’Éducation aux Médias, à l’Information et au Numérique Plus (EMIN+) avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Il a été édité par Thierno Ciré Diallo et approuvé par Thierno Mamadou Bhoye, directeur de publication de refletguinee.com.