Analyse du discours du colonel Doumbouya du 31 décembre

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Dans son discours du Nouvel An le 31 décembre 2023, le Colonel Mamadi Doumbouya, a tissé un tableau de ses réalisations et a énoncé ses aspirations pour l’avenir du pays, offrant un aperçu de sa vision et des défis à venir.

SUR LA FORME :
Le discours du Colonel Mamadi Doumbouya se caractérise par une structure claire et traditionnelle, ce qui facilite sa compréhension. Adoptant un ton formel et solennel, approprié à un discours présidentiel, il utilise un langage à la fois accessible et soutenu, renforçant ainsi sa gravité. Le discours est composé de 34 paragraphes et 67 phrases, totalisant 2163 mots. En moyenne, on trouve 2 phrases par paragraphe, 32.2 mots par phrase et 5.2 caractères par mot. Pour un discours de cette longueur, le temps estimé de lecture est de 7 minutes et 50 secondes en silence, et de 13 minutes et 17 secondes à haute voix. Cependant, le président a pris 23 minutes et 21 secondes pour le lire.
Une analyse lexicométrique révèle la fréquence de mots-clés tels que « développement », « Guinée », et « solidarité », reflétant ainsi les thèmes prioritaires du discours. La syntaxe est complexe, caractérisée par des phrases longues et structurées, typiques des discours politiques. Les termes les plus utilisés incluent « Guinéen », « Guinéennes », « pays », « Guinée », « Compatriotes », « Développement », « Processus », « Avancée », « Conakry, et « Transition ».
Concernant les catégories de mots utilisés, le verbe « être » domine largement, apparaissant 25 fois. Son utilisation est significative pour deux raisons principales. D’une part, il sert de pilier structurel, établissant des états, des identités et des caractéristiques essentielles, ce qui est crucial dans le contexte politique où les messages doivent être clairement compréhensibles par un large public. D’autre part, le verbe « être » peut-être stratégiquement employé pour façonner des perceptions et des réalités, établissant des vérités apparentes ou renforçant des narratifs, et influençant ainsi l’opinion publique.
Le mot « être » est suivi de près par des termes tels que « Pays » (20 occurrences), « année » (12 occurrences), « Guinéen » (12 occurrences), et « National » (11 occurrences). Cependant, des mots comme « éducation », « emploi », « négociation », « obligation », « réconciliation », « refondation », « volonté » (et autres) ne sont mentionnés qu’une seule fois, indiquant peut-être une focalisation moindre sur ces thèmes.

SUR LE FOND
Sur le fond, le discours du Colonel peut être lu comme un nouvel engagement envers ce qu’il appelle dans son discours « le Développement National ». Le discours met l’accent sur le progrès et le développement. Il démontre un engagement ferme envers le développement et la solidarité en Guinée. Il met en évidence des plans ambitieux pour l’avenir du pays. Le discours aborde des sujets tels que la solidarité, le développement économique, la sécurité alimentaire, et la démocratie.
Parmi les annonces les plus importantes du discours, on note la mise en place des délégations spéciales dans les communes (une décision majeure qui nécessite un article à part entière), l’organisation d’un référendum constitutionnel en 2024, l’augmentation des salaires, le recrutement de fonctionnaires, des projets d’infrastructure (entre autres).
L’analyse des figures de style dans le discours du Colonel révèle l’usage de techniques rhétoriques pour renforcer le message et l’engagement envers la nation.
Le discours utilise d’abord la métaphore du « vivre-ensemble » pour symboliser l’unité nationale et la cohésion sociale. Par exemple, « je réitère solennellement mon attachement indéfectible à la promotion du vivre-ensemble », transforme l’abstrait en concret, personnifiant la nation comme un être uni.
Le discours emploie ensuite la répétition pour renforcer des idées clés, comme dans « Guinéennes, Guinéens, chers compatriotes, » répété pour souligner l’inclusivité et l’unité. Cela crée un rythme et une structure qui renforcent l’impact du message.
Le discours emploi enfin l’antithèse et le contraste. L’utilisation de contrastes, par exemple, entre les défis passés et les espoirs futurs, souligne les progrès réalisés et les aspirations. « Nos succès et nos satisfactions durant l’année écoulée suffisent à nous motiver pour en faire davantage et espérer mieux » illustre cette dynamique.
Ces techniques servent à créer une narration engageante, à renforcer la légitimité et l’autorité du Colonel, et à encourager l’unité et le patriotisme au sein de la population.
Le discours se concentre aussi sur la construction d’institutions fortes et durables en République de Guinée. Il évoque la mise en place de délégations spéciales pour assurer la transition vers des élections libres et transparentes, en adhérant aux dix points du chronogramme de transition. Le discours souligne l’importance d’une nouvelle Constitution, née d’un référendum et reflétant l’identité collective guinéenne, tout en s’inspirant du passé pour forger l’avenir.
Le Colonel Doumbouya met en avant des initiatives législatives, notamment sur l’identification des personnes et l’état civil à travers le RAVEC, visant à renforcer la sécurité des citoyens et la gestion démographique. Il appelle à la participation de tous les acteurs politiques dans la construction d’une démocratie et souligne l’importance de la consultation populaire. Son discours reflète un engagement envers la stabilité, la réconciliation nationale, et un avenir prometteur, s’inscrivant dans un paradigme politique de construction d’état et de démocratie participative.
Le discours contient des engagements pour le développement économique et social, et la mise en place de réformes pour une gouvernance plus efficace.
Quelques points faibles du discours :
Le discours du Colonel Mamadi Doumbouya, bien que visionnaire dans ses ambitions pour la Guinée, présente des lacunes significatives. Premièrement, le manque de détails concrets concernant la mise en œuvre des politiques et les étapes spécifiques pour atteindre les objectifs annoncés laisse un vide. Le discours risque d’apparaître plus idéaliste sans des plans d’action clairs et réalistes.
En outre, le discours n’aborde pas des problématiques sensibles telles que les restrictions sur la liberté de la presse, les victimes des manifestations, et l’accès limité à certains réseaux sociaux. Ces omissions peuvent être perçues comme un manque de transparence ou une tentative d’éviter des sujets controversés. Il est essentiel dans un discours de cette nature de reconnaître et d’expliquer les défis auxquels le pays fait face, pour instaurer un climat de confiance et de compréhension entre le gouvernement et la population. Cela permettrait de créer un discours plus équilibré et réaliste, essentiel pour la construction d’une démocratie solide et inclusive en Guinée.

Dr Saïkou Oumar Baldé