Opinion

Expiration du mandat des députés : ne nous trompons pas de cible, la faute incombe à l’Etat ! ( par Aliou Bah)

Il est évident que le mandat des députés est arrivé à expiration et c’est une nouvelle législature qui doit démarrer dès la prochaine session ordinaire (avril 2019). Et pour cela, aucune justification d’un élu qui voudrait continuer de siéger ne peut être acceptable.

Les acrobaties juridiques ne peuvent leur redonner non plus une légitimité même si nos ‘’grands juristes ou experts’’ de la 25e heure nous expliquent nos textes avec des tournures qui donnent de la migraine.

Il y a pourtant des juristes respectables de notre pays qui ont lancé des alertes depuis belles lurettes et qui n’ont pas été entendus. Qui ignore encore que la stratégie du président est une tentative de maintien au pouvoir contre vents et marées en créant les conditions qui justifieraient le glissement de tous les calendriers électoraux ?

A l’évidence, cette situation particulière montre à suffisance la faillite de la gouvernance actuelle dans la mesure où elle n’a pas joué son rôle fondamental qui consiste à prendre toutes les dispositions pour l’organisation des élections conformément au calendrier constitutionnel  (la date d’une élection ne doit être l’objet d’un débat de politique politicienne).

Elle a failli en ce sens que l’Etat et ses symboles (gouvernement et institutions) ont fait de la loi un encombrement au point de la substituer par des accords politiques qui ne sont que des conséquences de sa non application.

Dans un pays qui se veut démocratique, la vocation principale des partis politiques est de participer aux différentes compétitions électorales afin d’exercer un mandat pour agir dans l’intérêt de la République. Il ne leur appartient pas d’influencer les conditions de leur organisation au point de faire croire qu’ils peuvent être responsables de la tenue ou non d’une élection.

Alors si l’Etat jouait son rôle, il n’y aurait même pas eu la nécessité de les associer dans la définition d’un chronogramme électoral puisque le démocratie suppose la régularité des élections et que l’esprit de nos textes voudrait que tous les membres de la CENI deviennent  des commissaires de la République dès après leur prestation de serment. L’existence même d’une CENI dans le système institutionnel d’un pays est illustratif d’un échec de l’Etat et révélateur d’une crise de confiance aiguë.

Par ailleurs, Il faut être de mauvaise foi pour faire croire que l’opposition n’a pas alerté et fait des efforts pour que les législatives soient organisées à bonne date. Toutes les formes légales de pressions ont été utilisées pour amener les autorités à agir. La réponse de l’Etat n’a été que  la violence, la manipulation, le mensonge et mépris des lois.

La mouvance présidentielle quant à elle, à travers sa majorité simple au parlement, a accompagné les dérapages de l’ensemble du processus électoral en bloquant toutes contraintes faites à l’exécutif dans le cadre du respect de la loi et des principes démocratiques en la matière.

Voici quelques questions dont les réponses peuvent illustrer la faillite de la gouvernance actuelle qui est la principale source des multiples problèmes de notre société; Et c’est à ce niveau qu’il faut agir si nous voulons avancer :

  • L’Etat a t- il jouer correctement son rôle dans l’installation des exécutifs communaux issus des élections du 4 février 2018 ? Pourquoi s’est-il plier aux desiderata des compétiteurs politiques au point de nous y maintenir jusqu’à nos jours ?
  • L’Etat a-t-il réuni les conditions nécessaires pour la tenue des législatives (financement, fichier électoral, logistique etc.) ? Qui doit préparer le budget électoral et rendre les ressources disponibles ? Qui doit veiller à l’application des lois ? Qui doit convoquer le corps électoral à date et assurer la sécurité du processus ?
  • Pourquoi l’Etat continue-t-il d’être un instrument du parti au pouvoir pour manipuler, mentir, tuer, tricher en sa faveur en toutes circonstances ?

Que faut-il faire ?

Etant donné que c’est le peuple qui est souverain, donc propriétaire du pouvoir, la réponse à en voyer aux dirigeants doit être des actions concrètes :

  • Occuper pacifiquement le siège de l’assemblée nationale afin d’empêcher toute session parlementaire jusqu’au renouvellement de cette assemblée nationale (choix souverain du peuple) ;
  • Eviter la confusion à travers le débat de personnes, la stigmatisation stérile et le règlement de compte inutile (égocentrisme chronique) ;
  • Avoir la bonne foi pour poser un diagnostic pertinent et prendre le courage de soigner nos maux à la source (réalisme républicain).

Pour quels résultats ?

De telles initiatives nous permettront d’abord de sanctionner par la pression et dans les urnes tous ceux qui nous ont conduits à cette situation critique.

Ensuite, elles nous aideront à aller au-delà des commentaires théoriques et des expertises virtuelles pour nous réapproprier enfin notre démocratie. Ainsi, le signal fort sera donné aux   révisionnistes et opportunistes afin qu’ils sachent que le palais présidentiel et l’ensemble des   institutions de la République appartiennent au peuple qui décide de les confier à des concitoyens qui peuvent apporter efficacement des réponses à ses préoccupations.

Aliou BAH 

Président de l’Organe provisoire de direction du MoDeL

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