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Être handicapé en Guinée est perçu comme une malédiction ( Aly Komano)

Le 3 décembre, journée internationale des personnes handicapées. Cette journée consacrée depuis 1992 par l’ONU, vise à promouvoir les droits et le bien-être des personnes handicapées dans toutes les sphères de la société et du développement et à accroître la sensibilisation à leur situation particulière dans tous les aspects de la vie politique, sociale, économique et culturelle.
S’appuyant sur de nombreuses décennies de travail des Nations Unies dans le domaine du handicap, la Convention relative aux droits des personnes handicapées, adoptée en 2006, a fait progresser les droits et le bien-être des personnes handicapées.
Un beau discours mais loin de la réalité en Guinée. Etre une personne handicapée en République de Guinée est perçu comme une malédiction divine. Du coup, la société nous perçoit comme des gens dont les aïeux ou parents ont commis une erreur grave envers la Providence. C’est ce prix que quelques-uns de leurs enfants seraient en train de payer. Quelle imagination négativement fertile ? pour emprunter l’expression de Charles Blé Goudé, homme politique ivoirien.
Les explications erronées de tous genres fusent de partout sur ce qui est arrivé à quelqu’un jusqu’à ce qu’il est devenu handicapé. Généralement, on lie ces explications à des origines très obscures, donc vides de sens.
Ce n’est qu’une parenthèse ouverte, je la ferme par là et j’ouvre une autre.
Être handicapé en Guinée est un calvaire que beaucoup ne peuvent pas supporter. Nous sommes exposés à de nombreux comportements peu de catholiques de certaines personnes. Plus grave, quelques personnes à qui un certain pouvoir est confié discriminent à ciel ouvert les personnes handicapées. J’en ai été victime et j’aurai un jour le temps de raconter ce pétrin dont les cicatrices restent encore sur ma petite mémoire de poule.
En Guinée, beaucoup pensent qu’être handicapé, c’est être un porte-malheur. Cela fait que dans certains endroits, on nous évite. Mon histoire : en 2005, admis pour la 7è année, je suis entré dans une salle de classe et j’ai pris à côté de deux jeunes filles. A peine que j’eus fini de m’asseoir, elles ont quitté en riant, signe de moquerie. Je n’ai pas pris cela en compte. Une semaine plus tard, nous avons été soumis à une évaluation diagnostique en langue française. Quand le chargé du cours a corrigé les feuilles, j’ai eu la plus haute note, 16,5 et par curiosité, j’ai cherché à regarder les notes de ces deux filles. Elles avaient 6 et 7. Plus tard, elles sont revenues. Une autre histoire touchante est celle d’Aïssatou Diallo, une jeune dame handicapée résidente à Labé. Après ses études, elle a cherché un emploi en vain. C’est ainsi qu’elle a décidé de se lancer dans l’enseignement. A un concours pour les Ecoles Nationales d’Instituteurs(ENI), elle a pris part. Mais chaque fois qu’elle passait les évaluations, un des délégués soutirait ses copies et annotait : HANDICAPEE. Ce délégué peut-il que notre sœur soit à la merci des parents et des autres personnes ?
Pourtant, la Convention relative aux droits des personnes handicapées stipule : « Promouvoir les possibilités d’exercice d’une activité indépendante, l’esprit d’entreprise, l’organisation de coopératives et la création d’entreprise ; g) Employer des personnes handicapées dans le secteur public ; h) Favoriser l’emploi de personnes handicapées dans le secteur privé en mettant en œuvre des politiques et mesures appropriées, y compris le cas échéant des programmes d’action positive, des incitations et d’autres mesures ; »
Dans mon pays, les gens pensent qu’être handicapé c’est être paresseux et être dépendant. Ce qui n’est pas le cas. Combien de personnes ont travaillé et travaillent dur pour être heureux et contribuer au développement de la nation ? Le rapport du RGHP 2014 sur les personnes handicapées indique que 50% sont occupés. Cela veut dire qu’elles exercent des activités génératrices de revenus : agriculture, élevage, activités de production, etc. Les exemples sont nombreux : Massoud Barry est une personne handicapée qui occupe un poste important au sein de l’ONG Plan International. Elle se bat nuit et jour auprès des partenaires comme PNUD pour l’amélioration des conditions de vie des personnes handicapées en Guinée. Un paresseux exerce-t-il une activité génératrice de revenu ?
En Guinée, nombreux sont ceux qui pensent qu’un handicapé n’a droit aux loisirs. C’est pourquoi lorsqu’on aperçoit un de nous dans les lieux de loisirs : plage, boîtes de nuit, etc., on pense directement qu’il a une idée derrière la tête. N’est-il pas un être humain pour se recréer ?
En réponse, l’article 30 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées exigent qu’elles :« Aient accès aux lieux d’activités culturelles tels que les théâtres, les musées, les cinémas, les bibliothèques et les services touristiques, et, dans la mesure du possible, aux monuments et sites importants pour la culture nationale. c) Faire en sorte que les personnes handicapées aient accès aux lieux où se déroulent des activités sportives, récréatives et touristiques ;»
Lorsqu’il s’agit de nos relations sentimentales, on dit que nous n’avons pas pitié de nous-mêmes. Faudra-t-il rappeler que les besoins biologiques sont naturels et concernent tout le monde. Voyons ce que dit l’article 23 de ladite Convention : « Les États Parties prennent des mesures efficaces et appropriées pour éliminer la discrimination à l’égard des personnes handicapées dans tout ce qui a trait au mariage, à la famille, à la fonction parentale et aux relations personnelles, sur la base de l’égalité avec les autres, et veillent à ce que :
Soit reconnu à toutes les personnes handicapées, à partir de l’âge nubile, le droit de se marier et de fonder une famille sur la base du libre et plein consentement des futurs époux ; b) Soient reconnus aux personnes handicapées le droit de décider librement et en toute connaissance de cause du nombre de leurs enfants et de l’espacement des naissances ainsi que le droit d’avoir accès, de façon appropriée pour leur âge, à l’information et à l’éducation en matière de procréation et de planification familiale ; et à ce que les moyens nécessaires à l’exercice de ces droits leur soient fournis. »
Quoiqu’un peu différent, je pense à un ami, amoureux d’une fille, les parents de cette dernière ont refusé ce mariage à cause de son handicap. A-t-il souhaité être dans cet état ?
En ce 21è siècle, beaucoup de Guinéens pensent encore que les personnes handicapées ne doivent pas accéder à instances de prise de décision. C’est pour cette raison qu’ils prennent certaines décisions pour nous sans nous. Or, comme le disait l’autre : « Tout ce qui est fait pour nous sans nous, est contre nous ». Faut-il rappeler ce passage extrait de la Convention des Nations Unies relations aux droits de personnes handicapées : « Les personnes handicapées devraient avoir la possibilité de participer activement aux processus de prise de décisions concernant les politiques et programmes, en particulier ceux qui les concernent directement.»
Nos autorités croient jusqu’à présent que l’éducation pour une personne handicapée ne sert à rien. Voilà que sur les 155 885 personnes handicapées vivant en Guinée, seulement 5 426 sont instruits (de 6 à 59 ans, RGPH 2014). Ce chiffre concerne l’éducation élémentaire, secondaire, collège, lycée, universités et les écoles professionnelles.
Les personnes handicapées seront épanouies lorsque des mentalités changeront. Les personnes connaîtront le bonheur le jour que l’Etat prendra ses responsabilités face à la discrimination, l’exclusion, au non-respect de la vie privée, au manque d’autonomisation et d’inclusion sociale, à la non scolarisation, non intégration dans les instances de prises de décisions, etc. des personnes handicapées.
Bonne fête à toutes les personnes handicapées de la Guinée et du monde entier. Un seul conseil : quoiqu’on pense de vous, ne baissez pas les bras, car, si tu n’as qu’un seul œil, un bras, un seul pied, tu rampes par terre, Dieu a développé d’autres membres en vous. Mettez en valeur ces membres pour contribuer au développement votre pays. Etre handicapé ne veut pas dire mener une vie parasitaire.
Dieudonné Aly Koïndou Komano, handicapé, enseignant-chercheur

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